Noël des enfants : L’étoile du berger

– Jeannot, Jeannot… Viens ici, tout de suite.

Jeannot se recroqueville plus encore dans sa cachette. Les vaches lui tiennent bien chaud. Et puis s’il obéit à sa mère, il sait bien qu’elle l’empêchera de ressortir après. Aujourd’hui, c’est Noël et le petit Jeannot veut absolument attendre que l’étoile du berger, celle qui brille pour le petit Jésus, se montre. Sa maman lui a tant de fois raconté cette histoire, qu’à présent il voudrait voir l’enfant divin. Il attend donc, couché entre les vaches, que l’étoile lui indique le chemin. Sa maman s’est éloignée. Sans doute le cherche-t-elle plus loin.

A plat ventre sur le foin, le petit regarde à travers les fentes de la paroi de planches. L’étoile se fait attendre. Il commence à s’ennuyer. Il connaît à présent l’étable dans ses moindres recoins. Ses yeux le piquent, il ferait bien un petit somme. Il pose sa tête sur le foin, ferme ses yeux… quand tout à coup une lumière étincelante les lui fait rouvrir. Elle s’infiltre à travers la cloison de bois, effleure le petit de sa splendeur puis retourne s’accrocher au firmament.

Jeannot se frotte les yeux, regarde par une fente de la paroi… Elle est là-haut, splendide, extraordinaire. Le petit sent son coeur s’agiter dans sa poitrine. Il se lève d’un bond, enfonce son bonnet sur ses oreilles, enveloppe son cou de sa longue écharpe et s’emmitoufle dans son manteau de laine encore trop grand pour lui. Ce n’est pas tant qu’il ait froid – il a toujours chaud – mais c’est à sa maman qu’il pense en s’habillant aussi chaudement. Elle n’aime pas quand il attrape un rhume. Lui non plus d’ailleurs. Et il paraît que si l’on ne met pas de bonnet sur la tête, d’écharpe autour du cou et des bottes bien chaudes, on tombe malade plus facilement.

L’enfant sort doucement de l’étable, prêt à suivre l’étoile qui brille au-dessus de lui. Il est le quatrième roi mage, ou le cinquième qu’importe, et il va aller adorer le petit Jésus. Puis brusquement, Jeannot pense qu’il n’a pas de présent pour le petit. Troublé, il cherche autour de lui, ce qu’il pourrait bien offrir à l’enfant divin. Son regard tombe alors sur une petite dinde, qui se dandine au milieu des poules. Pourquoi pas? Le volatile disgracieux semble adorable aux yeux de l’enfant et digne d’être offert à un futur roi.

Jeannot se met à courir après le pauvre oiseau qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Mais pour finir, acculée par le bambin, la dinde se rend. Jeannot la saisit par les pattes et s’en va suivre sa belle étoile. Le volatile a fini par se résigner à rester la tête en bas et à subir cet étrange voyage.

Les yeux fixés sur l’étoile, Jeannot ne sait pas où il va. Il suit le même chemin que les rois mages, il suit la voie des bergers de jadis. Bientôt il les retrouvera tous réunis autour du bébé. Brusquement, l’enfant s’arrête :

– Et si l’on ne voulait pas de moi ? Je ne fais pas partie de l’histoire…

Jeannot pleure un peu. Il a si peur que l’enfant Jésus ne veuille pas de lui, ne veuille soudain pas de son cadeau. Et puis Jeannot sèche ses larmes et se dit:

– Je me ferai tout petit, si petit que personne ne fera attention à moi, et je verrai quand même le bébé. Oui, je me ferai tout petit, et ma dinde je la déposerai au pied du berceau sans que personne ne me remarque.

L’enfant a retrouvé le sourire, et rempli d’un nouveau courage, il chemine encore, le nez dans les étoiles. Soudain, il aperçoit la crèche. Elle n’est pas loin. Une sorte de chaleur l’envahit agréablement. Jeannot sait qu’il a trouvé la demeure du petit Jésus. L’étoile semble pointer ses rayons sur le toit de l’étable. Le petit garçon est transporté de joie, son coeur manque de sauter hors de sa poitrine, tant l’émotion est violente. Il voudrait voler jusqu’à l’étable, prendre Jésus dans ses bras, le remercier de tout ce qu’il fera pour l’humanité… Il aimerait être aussi bon que le sera ce bébé-là. Et puis les rois mages sont déjà là, les bergers aussi. Tous adorent le bébé et l’honorent de leurs dons.

Jeannot court, mais au moment de parvenir à l’étable, il s’arrête encore un instant, serre son épais manteau autour de lui, histoire de se faire un peu plus petit qu’il n’est. Il avance à pas de loup. L’air de rien, il passe à côté des bergers et des rois mages. Personne ne semble le remarquer. Il est presque déçu. Il voit le berceau, l’âne et le boeuf. Son coeur se serre. Et si l’enfant Jésus n’était pas tel qu’il l’imagine dans ses rêves? Porte-t-il toujours son auréole sur la tête. Jeannot se penche au-dessus du berceau. L’enfant Jésus repose serein, au milieu de sa botte de foin. Jeannot se penche encore un peu plus sur l’enfant… Qu’importe personne ne semble le voir. Il se penche avec sa dinde immobile dans sa main. Il se penche pour la déposer à côté du bébé. Personne ne dit rien, pas même Marie, qui, elle, le regarde avec bonté. La dinde se laisse faire et repose à côté de Jésus, sans faire un mouvement. Seuls ses yeux bougent comme pour dire « vous voyez que je sais être sage ».

Au contact de la dinde le bébé se réveille et sourit, d’un sourire qui illumine le coeur de Jeannot. L’enfant lui ressemble, Marie ressemble à sa propre mère…

Sur le visage de l’enfant, un souffle chaud, puis une langue rugueuse le réveillent. Des visages dorés se penchent attendris sur Jeannot, tandis que la vache continue à le réchauffer de son haleine. Jeannot sourit, sa maman et son papa aussi… De nombreux cadeaux jonchent le sol de l’étable où il s’est assoupi sans s’en rendre compte. Les rois mages et les bergers où sont-ils? Jeannot aperçoit alors à travers les planches une étoile qui brille plus que les autres. Il comprend alors qu’il n’a pas rêvé. Et lui-même, n’est-il pas aussi, fils de Dieu? Un autre Jésus, comme tous les enfants de la terre ?

Écrit par : Sylvie Guggenheim

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